IA-tu pensé? · Saison 2 · Épisode 11

Créer avec l’IA : qui est vraiment l’artiste?

Créer avec l’IA : qui est vraiment l’artiste?

Une chanson me reste dans la tête. Le vidéoclip me fait rire. J’y vois une idée, de l’humour, une intention.

Puis on me dit que les paroles, la musique et les images ont été générées avec l’IA.

Est-ce que je dois soudainement trouver ça moins bon?

Dans cet épisode de IA-tu pensé?, je reçois Extraltodeus, le créateur derrière le projet ClaudiaGI et le vidéoclip C’est de l’IA, ainsi que Gabriel Pelletier, réalisateur et président de l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec.

Je voulais comprendre comment cette création avait pris forme. Et discuter de ce qu’elle vient bousculer.

Un clic, puis un vidéoclip?

J’ai posé la question à Extraltodeus : est-ce qu’il avait simplement demandé à Claude de lui produire un succès viral, appuyé sur Entrée et attendu le résultat?

Pas exactement.

Il nous explique comment il a préparé des personnages pour orienter l’écriture, donné une direction à la chanson, sélectionné les résultats et supervisé les plans du premier vidéoclip. Il décrit aussi les règles qu’il a développées pour éviter les mouvements ratés, les répétitions et les incohérences visuelles.

Mais il ne revendique pas le contrôle de chaque détail. Il laisse aussi la machine proposer des idées et le surprendre.

C’est là que la discussion devient intéressante : où se situe la création humaine quand une partie du résultat nous échappe?

Un instrument, pas une garantie de talent

Donnez-moi les mêmes logiciels qu’Extraltodeus. Je ne produirai pas nécessairement ses chansons ni ses vidéoclips.

C’est pour ça que je parle souvent de l’IA comme d’un instrument. Un piano ne fait pas de nous un pianiste. L’accès au même instrument ne nous donne ni les mêmes idées, ni la même pratique, ni le même jugement.

Gabriel nous ramène toutefois à une distinction essentielle : reconnaître une démarche créative ne règle pas toutes les questions.

Quelles œuvres ont servi à entraîner les modèles? Avec quelle autorisation? Qui a été rémunéré? Et comment établir la contribution humaine dans le résultat final?

Il présente trois principes défendus par les artistes : autorisation, rémunération et transparence.

On peut être impressionné par une création et prendre ces questions au sérieux. Les deux ne s’annulent pas.

Qu’est-ce qu’on veut entendre derrière une œuvre?

Pour Gabriel, l’art est une communication : il veut entendre ce qu’un autre humain cherche à lui transmettre.

De mon côté, je lui raconte pourquoi certaines chansons créées avec l’IA m’ont réellement touché. Elles parlent de mon univers, de mes références et des bouleversements que je vois arriver.

Notre échange ne se résume donc pas à « pour ou contre l’IA ».

Il porte sur l’intention, les choix, les droits des créateurs et ce qu’on ressent devant une œuvre.

Si une chanson vous touche, est-ce que votre émotion change quand vous apprenez qu’elle a été créée avec l’IA?

Et qu’avez-vous besoin de savoir sur sa création pour reconnaître la personne derrière?